Archives du mot-clef euro

L’union européenne : plus que jamais, en sortir ou en mourir !

Il Quarto StatoGauche et gauche de la gauche dans une impasse mortifère.

Par Jacques Cotta le 07/12/2014 

Deux évènements qui viennent de se dérouler ces derniers jours ne seraient qu’anecdotiques s’ils n’annonçaient une année 2015 d’enfer pour les peuples d’Europe, et singulièrement pour le peuple français. Le premier est la mise en garde menaçante à l’encontre des états du Sud, l’Espagne, l’Italie, la Grèce, le Portugal notamment, et la France, de la part de Pierre Moscovici, l’ex ministre de François Hollande recasé à la commission européenne. Endossant le costume de socialiste père fouettard qui décidément sied si bien à la fonction de commissaire européen, l’ancien ministre hollandien a stigmatisé tout retard dans la mise en musique de la politique préconisée par Bruxelles, et menacé les états de « lourdes sanctions financières (…) si au mois de mars 2015 les objectifs n’étaient pas atteints ». Le second s’est déroulé sur un plateau de télévision. Face aux représentants de ceux qui se définissent comme « la gauche de la gauche »- Jean Luc Mélenchon, Cécile Duflot, et Benoit Hamon dont l’attelage est pour le moins étrange- c’est une député européenne allemande, véritable clone d’Angela Merkel, qui est venue « rappeler les français à leurs responsabilités » et indiquer en substance que « l’Allemagne ne tolérerait pas de nouveaux retards dans la chasse aux déficits et la mise en application d’une politique d’austérité rigoureuse ». Le tout appuyé sur un programme établi à l’écart des regards encombrants.

« Oui mais… » Ont répondu chacun à leur manière les trois invités sur le plateau.

« Vous avez signé les traités, maintenant il faut les appliquer ! Ce sont les exigences de l’Union Européenne…» a conclu madame Merkel bis. Lire la suite

STEP: Draghi accorde à la France une licence pour imprimer de la monnaie euro

Texte intégral de l’article des Nouvelles économiques allemandes (Deutsche Wirtschafts Nachrichten-DWN)

« La France a obtenu de la BCE la permission d’imprimer de la monnaie euro sur un programme d’obligations pratiquement illimité. L’affaire porte sur des banques non désignées (littéralement “banques de l’ombre”) et c’est une bulle qui se mesure en milliards. La BCE veut empêcher que l’Allemagne interfère et se mêle du sauvetage de la France. »

« A Chypre règne une vive émotion parce que le BCE a dépouillé la banque nationale de tout pouvoir. En France, sans que le public ne le remarque, c’est exactement le contraire qui se produit : la BCE a accordé à la France une licence illimitée pour imprimer de la monnaie!

Cette action doit empêcher qu’une banque française ne s’écroule. Car cela ne pourrait seulement être ainsi empêché qu’à l’ultime moment.

Fin 2011, il y a eu une action concertée des plus puissantes banques centrales du monde, entre autres, la FED, la Banque d’Angleterre et la BCE. Avec un volume jamais vu jusque là, la BCE a démarré des opérations de refinancement à long terme (LTRO – Long Term Refinancing Operations) et a mis environ 500 milliards d’euros à la disposition du système bancaire de la zone euro. Quelques mois plus tard, à peu près la même somme a été mise à la disposition des banques pour que ces dernières puissent “taper” la BCE. Lire la suite

Jean-Luc Gréau: petits (et gros) mensonges entre « amis »

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Le discours médiatique et politique qui accompagne le drame de l’euro et celui, concomitant, de l’Europe, s’efforce de réduire son enjeu à des trivialités. Le séisme qui a commencé à ravager le Vieux Continent viendrait de ce que certains pays ont commis des « erreurs ». Erreurs pardonnables, cela va de soi, mais surtout réparables. Ceux qui se sont risqués à nous lire savent ce que nous en pensons. Le vice de conception qui affecte l’euro depuis son origine a provoqué une crise irrémédiable dont la gravité s’accentue au fil des mois sous l’effet de politiques inopérantes d’austérité publique et salariale.

Mais il ne faut pas s’en tenir à la leçon intellectuelle de la malfaçon de l’euro. Après la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, la crise opère son action de dévoilement à Chypre. La Chypre grecque, membre à part entière de l’Europe et de l’euro. Ce pays provoque au sein des instances européennes un conflit disproportionné au regard de sa population de 850 000 habitants et de son PIB affiché de 16 milliards d’euros égal à 0, 2 % du PIB total de la zone. Mais il fournit surtout la quatrième démonstration de ces falsifications auxquelles se sont livrées différents pays, des fautes donc, et non pas des erreurs comme se plaisent à le dire les commentateurs. Récapitulons ces falsifications.

Le trucage des comptes publics grecs est la seule avouée à ce jour. Lire la suite

L’Alternative pour l’Allemagne, nouvel étendard contre l’euro

Le nouveau parti anti-euro tient son congrès fondateur à Berlin, dimanche 14 avril. Le double objectif de l’Alternative für Deutschland (AfD) est d’ancrer durablement la lutte contre la monnaie unique dans le paysage politique allemand, pour ensuite pousser le gouvernement à négocier la sortie du pays de la zone euro, qui devra être dissoute.

Mélenchon: l’Euro et l’outrance

29 mars 2013 Par 

Jean-Luc Mélenchon, au lendemain du Congrès du Parti de Gauche, et de la mauvaise polémique lancée contre lui à la suite de ses déclarations sur le Ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, a accordé une interview à « Direct Matin ». Il y précise un certain nombre de choses, et en particulier prend position sur l’Euro à la suite de l’accord trouvé sur Chypre. Force est de constater que ses déclarations, derrière des effets de manche, ne vont pas dans le bon sens et ne peuvent qu’accroître la confusion qui règne dans une partie de la gauche sur la monnaie unique.

Une attitude mensongère.

Reprenons donc ses propos :

Lors de notre congrès, euro. Le doute est là. Mais si nous renonçons à l’euro, on entre dans le plan de Merkel qui veut expulser l’Europe du Sud après l’avoir détruite. Il faut de la fermeté dans nos décisions en rappelant, qu’en Europe, aucune décision ne peut être prise sans la France.. Nous ne sommes pas à la ramasse, nous sommes la deuxième économie du continent.Nous disposons de moyens d’action si nous avons le courage politique.

Passons rapidement sur la rodomontade sur laquelle se conclut cette citation. L’allusion à un plan de l’Allemagne, et de Mme Merkel, visant à une «expulsion » des pays de l’Europe du Sud de l’Euro est un contresens complet sur la position réelle adoptée outre-rhin. L’Allemagne, on le sait, est le pays qui tire, et de loin, les plus gros avantages de la zone Euro. Cette dernière explique environ 3% du PIB annuel de ce pays. Comment un pays qui profite autant d’une zone monétaire voudrait-elle en expulser d’autres ? Il faudrait alors en déduire que les dirigeant allemands sont masochistes. La réalité est bien plus simple. L’Allemagne est prise dans la contradiction suivante : elle profite largement de la zone Euro, qui empêche les autres pays de réajuster leur compétitivité par rapport à elle, mais elle ne veut pas faire les sacrifices qu’imposerait un réel fédéralisme budgétaire au niveau de la zone Euro. Le coût de ce fédéralisme a été calculé[1]. Pour assurer la simple survie des quatre pays de l’Europe du Sud, et permettre à leurs économies de se mettre au niveau de l’Allemagne, il faudrait dépenser 257,7 milliards d’Euros par an. L’Allemagne supporterait, quant à elle, très probablement 90% du financement de cette somme, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an soit entre 8% et 9% de son PIB. Elle devrait maintenir cette contribution pour une période d’au moins 8 à 10 ans. D’autres estimations font apparaître des montants qui sont même plus élevés[2]. On comprend, alors, le refus intransigeant des dirigeants allemands d’accepter quoi qui pourrait engager leur pays dans la voie d’une union de transferts. Lire la suite

Chypre: le contrôle des changes conduit à l’instauration de fait de deux « euros »

Jacques Sapir, “Chypre: bilan d’étape”, billet publié sur le carnet Russeurope le 27/03/2013, http://russeurope.hypotheses.org/1089

L’accord finalement signé entre le gouvernement chypriote et la Troïka aux premières heures du 25 mars est, en apparence, un progrès sur celui, rejeté par la Parlement de Chypre, qui avait été signé le 16 mars. La première, et la plus importante, des différences est que les dépôts de moins de 100 000 euros ne seront pas touchés. Mais, cet accord ne fait que confirmer des choses que nous savions déjà : il correspond à la mainmise de l’Allemagne sur l’ensemble du processus de sauvetage. Surtout, il établit un très dangereux précédent. Au-delà, l’application de cet accord va rencontrer de nombreuses difficultés. Compte tenu de l’évasion des capitaux qui a eu lieu entre le 16 et le 25 mars, il faudra taxer les comptes de plus de 100 000 euros à plus de 80% (et non 30% comme initialement annoncé). Cet accord est lourd de menaces pour l’ensemble de la zone Euro, mais surtout pour Chypre, qu’il condamne de facto à un appauvrissement considérable.

La victoire à la Pyrrhus de l’Allemagne

Cet accord montre le triomphe de la stratégie allemande. L’Allemagne est dans la contradiction suivante : elle entend conserver la zone Euro, dont elle tire le plus grand profit, mais elle entend la conserver au moindre coût pour elle. D’où l’idée de faire contribuer, en cas de restructuration bancaire non pas les seuls actionnaires (ce qui serait normal) mais aussi tout ou partie des déposants. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne s’est montrée inflexible dans la négociation. Elle a donc obtenu qu’une large part de la contribution aux sommes nécessaires (5,8 milliards sur les 17,5 milliards) proviennent de la « tonte » des déposants. Elle peut donc continuer sa politique selon laquelle une crise doit être payée avant tout par le pays qui la subit. On peut remarquer que cette politique est très proche, dans son principe, de celle que le Royaume-Uni mit en place par rapport à l’Irlande lors de la famine de 1847. Ici encore, on prétendait que les secours devaient être majoritairement payés par les Irlandais. On sait ce qu’il en advint1. Il est d‘ailleurs inouï qu’un ministre français, Pierre Moscovici pour ne pas le nommer, ait donné son consentement à cette stratégie. Mais cette stratégie pourrait s’avérer contre-productive dans un délai relativement court. En effet, la déclaration plus que maladroite du président de l’Eurogroupe affirmant que ce qui fut fait à Chypre servirait de modèle pour traiter d’autres crises a déclenché le lundi 25 mars une émotion bien compréhensible sur les marchés financiers. Même si cette déclaration a été ensuite démentie, même si de nombreuses autorités, comme François Hollande en France, ont insisté sur le caractère « particulier » de la situation chypriote et la nature « exceptionnelle » des mesures prises, le mal est fait. Désormais, à chaque nouvelle crise, l’inquiétude d’être traités comme les Chypriotes s’emparera des peuples, ce qui rendra toujours plus difficile la recherche d’une solution. En imposant leur lourde main de fer, les Allemands ont durablement compromis ce qui restait de confiance dans les systèmes bancaires de la zone Euro.

Deux Euros?

De plus, Chypre, pour tenter d’éviter une fuite massive des capitaux, devra instaurer des contrôles de capitaux, qui sont théoriquement proscrits au sein de la zone Euro. Cette dernière en est donc à accepter le principe de mesures qu’elle avait toujours refusé, car niant en réalité les avantages de la monnaie unique. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette crise. Lire la suite

La crise chypriote, l’Allemagne et la Russie

La crise chypriote, l’Allemagne et la Russie

22 mars 2013

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La crise chypriote est en train de tourner véritablement au psychodrame tant pour la zone Euro que pour la Russie et ses relations avec cette zone Euro. On peut se demander comment on en est arrivé là, et comment un pays, dont le PIB ne représente que 0,3% du PIB de la zone Euro, a-t-il pu provoquer une telle émotion et une telle confusion. En fait, cette dernière est largement le produit de l’action de l’Eurogroupe, l’instance intergouvernementale des 17 pays de la zone Euro, dont les décisions inadaptées ont transformé ce qui n’était qu’un simple problème de recapitalisation bancaire en une crise d’une particulière gravité.

Aux origines de la crise chypriote.

Cette crise trouve son origine dans la restructuration imposée aux créanciers privés de la Grèce au printemps 2012. Cette restructuration se traduit par une brutale dévalorisation des titres de la dette publique qui sont détenus par les banques, et en particulier par les banques de Chypre. La crise chypriote apparaît bien comme un effet collatéral de la crise grecque. Elle n’est nullement liée à un montant des dettes qui aurait explosé. De fait, la dette publique à Chypre est, avant restructuration des banques, de 73% du PIB, soit significativement moins qu’en Allemagne et en France. Lire la suite