Archives mensuelles : avril 2013

Marché transatlantique: accélération des négociations

Par Magali Pernin

Y a un peu plus de deux ans, j’apprenais l’existence de négociations visant à la création d’un marché transatlantique grâce aux travaux du blog « La théorie du tout« . Une mine d’or pour tous ceux qui s’intéressent à ce sujet.

Je m’étais alors attelée à l’écriture d’une synthèse de tous les éléments rapportés sur ce blog. Une synthèse dont je vous conseille vivement la lecture, ainsi que le dossier sur lequel elle s’appuie, afin de comprendre les fondements historiques et idéologiques de ce projet encore méconnu.

Surtout, j’invite tous les lecteurs à consacrer un peu de leur temps à l’écoute de cette conférence en ligne, entièrement consacrée au marché transatlantique.

 

Ce nouvel article se veut à nouveau être une synthèse des derniers éléments d’actualité publiés sur le sujet.
Une accélération du calendrier

Si le projet de libre échange commercial entre les États-Unis et l’Union européenne semblait battre de l’aile depuis quelques années, ces derniers mois ont connu une accélération du calendrier.
Une consécration du travail mené depuis 2009 par le commissaire européen au Commerce, Karel de Gucht, qui en a fait selon le site Challenge.fr, « le grand projet de son mandat« . Lire la suite

Pourquoi ils veulent (entre autres) tuer l’Euro

Chronique d’une mort (presque) annoncée de la monnaie tellement unique qu’elle est en voie de se désintégrer, pilonnée par une guerre des monnaies qui ne se nomme pas

Ne nous méprenons pas : si l’Euro n’est pas encore mort, il est en bonne voie de l’être. Il n’est pas intégralement mort, pas partout, mais en tout cas dans sa forme originelle, tel qu’il avait été conçu, voulu, surtout par la France et l’Allemagne, c’est fini. Il ne restera de l’Euro qu’une peau de chagrin une fois que le vent de la « crise de la dette souveraine » et de la spéculation internationale aura soufflé suffisamment : 3 ou 4 pays à gros PIB qui ne peuvent pas se permettre de s’en passer parce qu’ils sont assis sur la monnaie la plus surévaluée de la planète resteront, pas plus. Exactement l’opposé d’une autre monnaie issue d’un pays qui lui n’est pas près de flancher, malgré des difficultés inhérentes à sa montée en puissance économique et politique atypique dans l’histoire des nations : le Yuan Chinois.

Qui est en guerre et pourquoi ?

Il y a une guerre qui ne se nomme pas, et qui, si elle passe par des armées de spéculateurs et autres commandos de la finance dérégulée internationale est aussi celle des Etats. De deux Etats plus particulièrement : les Etats Unis d’Amérique et la République populaire de Chine.

Entre les deux belligérants, faisant office à la fois de champ de bataille et de source de pillage pour équiper les armées, mais surtout d’allié encombrant de l’un ou de l’autre des deux camps : la zone euro. L’US Dollar, monnaie de référence pour le remboursement de l’effort de guerre de 39-45 depuis les accords de Bretton Woods, puis monnaie de référence des échanges financier dérégulés par l’activation des taux de change flottants (basés sur le cours du dollar) et la sortie de la parité avec le cours de l’or, est arrivé à un moment crucial de son histoire. Tellement crucial qu’il ne sait plus comment faire pour ne pas devenir sous peu une sorte de monnaie de singe. De singe chinois en l’occurrence.

La Chine est entrée en guerre contre la monnaie américaine depuis maintenant 15 ans et la monnaie américaine ne peut pas riposter directement contre la monnaie chinoise. La stratégie du gouvernement américain consiste peut-être alors à aller tuer un allié potentiel des deux camps, qui une fois mort pourrait avoir tellement désavantagé l’adversaire chinois que celui-ci serait alors contraint de revenir à de meilleures dispositions ? Lire la suite

STEP: Draghi accorde à la France une licence pour imprimer de la monnaie euro

Texte intégral de l’article des Nouvelles économiques allemandes (Deutsche Wirtschafts Nachrichten-DWN)

« La France a obtenu de la BCE la permission d’imprimer de la monnaie euro sur un programme d’obligations pratiquement illimité. L’affaire porte sur des banques non désignées (littéralement “banques de l’ombre”) et c’est une bulle qui se mesure en milliards. La BCE veut empêcher que l’Allemagne interfère et se mêle du sauvetage de la France. »

« A Chypre règne une vive émotion parce que le BCE a dépouillé la banque nationale de tout pouvoir. En France, sans que le public ne le remarque, c’est exactement le contraire qui se produit : la BCE a accordé à la France une licence illimitée pour imprimer de la monnaie!

Cette action doit empêcher qu’une banque française ne s’écroule. Car cela ne pourrait seulement être ainsi empêché qu’à l’ultime moment.

Fin 2011, il y a eu une action concertée des plus puissantes banques centrales du monde, entre autres, la FED, la Banque d’Angleterre et la BCE. Avec un volume jamais vu jusque là, la BCE a démarré des opérations de refinancement à long terme (LTRO – Long Term Refinancing Operations) et a mis environ 500 milliards d’euros à la disposition du système bancaire de la zone euro. Quelques mois plus tard, à peu près la même somme a été mise à la disposition des banques pour que ces dernières puissent “taper” la BCE. Lire la suite

La garantie des dépôts de moins de 100 000 euros est un mythe

La garantie des dépôts de moins de 100 000 euros est un mythe

Une actualité chasse l’autre et déjà on parle beaucoup moins de Chypre dans les médias. On cherche même à nous faire croire que le gros de la crise est passé parce qu’il n’y a pas eu de bank run lors de la réouverture des banques. Évidemment, puisque les restrictions sont maintenues ! Pas la peine de courir à sa banque si les retraits restent de toute façon limités à 300 euros par jour et par personne ! Le bank run est simplement remis à plus tard, car bien sûr, de nombreux investisseurs veulent quitter définitivement l’île.

La confusion ne fait même que s’accroître sur place puisque la taxe sur les comptes de plus de 100 000 euros pourrait atteindre 60% ! En fait on ne sait même pas, il faut attendre, la banque centrale ayant indiqué que la décision finale serait prise « dans pas plus de 90 jours après la fin de l’évaluation »… Et le solde ne sera pas à la disposition de l’épargnant, il sera placé sur un compte bloqué pendant six mois pour les empêcher de retirer leur argent. Mais en fait on ne sait pas vraiment car de nombreuses entreprises locales ne survivraient pas à de telles dispositions.

Dans le même temps on apprend que de nombreux Chypriotes bien informés ont sorti leur argent dans les jours qui ont précédé la crise (mais le Président de la république garantit une enquête exemplaire, on est rassuré), et que les clients de la filiale britannique de la banque chypriote Laïki, dont les comptes ont été transférés chez sa concurrente Bank of Cyprus, ne seront pas touchés. Les Russes sont tous des évadés fiscaux, les Anglais sont tous d’honnêtes retraités, bien sûr. Lire la suite

Guerre en Syrie : Al Qaïda à la conquête du pays

Le front Al-Nosra qui combat le régime de Bachar Al-Assad a fait allégeance à Al-Qaïda. Dans ces conditions, est-il possible de livrer des armes à l’opposition syrienne ? Il en était question aujourd’hui à Londres à la réunion des ministres des affaires étrangères du G8. Qui est ce groupe ? Par qui est-il financé ?

Nos invités :

  • Renaud GIRARD, Grand Reporter, chroniqueur international, Le Figaro
  • Monzer MAKHOUS, Ambassadeur de la Coalition nationale syrienne en France
  • Ayssar MIDANI, Membre de l’Union des Patriotes Syriens
  • Alain RODIER, Directeur de recherche chargé du terrorisme et de la criminalité organisée au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R).

http://www.france24.com/fr/20130411-debat-partie1-syrie-assad-guerre-cns

 

Jean-Luc Gréau: petits (et gros) mensonges entre « amis »

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Le discours médiatique et politique qui accompagne le drame de l’euro et celui, concomitant, de l’Europe, s’efforce de réduire son enjeu à des trivialités. Le séisme qui a commencé à ravager le Vieux Continent viendrait de ce que certains pays ont commis des « erreurs ». Erreurs pardonnables, cela va de soi, mais surtout réparables. Ceux qui se sont risqués à nous lire savent ce que nous en pensons. Le vice de conception qui affecte l’euro depuis son origine a provoqué une crise irrémédiable dont la gravité s’accentue au fil des mois sous l’effet de politiques inopérantes d’austérité publique et salariale.

Mais il ne faut pas s’en tenir à la leçon intellectuelle de la malfaçon de l’euro. Après la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne, la crise opère son action de dévoilement à Chypre. La Chypre grecque, membre à part entière de l’Europe et de l’euro. Ce pays provoque au sein des instances européennes un conflit disproportionné au regard de sa population de 850 000 habitants et de son PIB affiché de 16 milliards d’euros égal à 0, 2 % du PIB total de la zone. Mais il fournit surtout la quatrième démonstration de ces falsifications auxquelles se sont livrées différents pays, des fautes donc, et non pas des erreurs comme se plaisent à le dire les commentateurs. Récapitulons ces falsifications.

Le trucage des comptes publics grecs est la seule avouée à ce jour. Lire la suite

L’Alternative pour l’Allemagne, nouvel étendard contre l’euro

Le nouveau parti anti-euro tient son congrès fondateur à Berlin, dimanche 14 avril. Le double objectif de l’Alternative für Deutschland (AfD) est d’ancrer durablement la lutte contre la monnaie unique dans le paysage politique allemand, pour ensuite pousser le gouvernement à négocier la sortie du pays de la zone euro, qui devra être dissoute.

Mélenchon: l’Euro et l’outrance

29 mars 2013 Par 

Jean-Luc Mélenchon, au lendemain du Congrès du Parti de Gauche, et de la mauvaise polémique lancée contre lui à la suite de ses déclarations sur le Ministre de l’Économie, Pierre Moscovici, a accordé une interview à « Direct Matin ». Il y précise un certain nombre de choses, et en particulier prend position sur l’Euro à la suite de l’accord trouvé sur Chypre. Force est de constater que ses déclarations, derrière des effets de manche, ne vont pas dans le bon sens et ne peuvent qu’accroître la confusion qui règne dans une partie de la gauche sur la monnaie unique.

Une attitude mensongère.

Reprenons donc ses propos :

Lors de notre congrès, euro. Le doute est là. Mais si nous renonçons à l’euro, on entre dans le plan de Merkel qui veut expulser l’Europe du Sud après l’avoir détruite. Il faut de la fermeté dans nos décisions en rappelant, qu’en Europe, aucune décision ne peut être prise sans la France.. Nous ne sommes pas à la ramasse, nous sommes la deuxième économie du continent.Nous disposons de moyens d’action si nous avons le courage politique.

Passons rapidement sur la rodomontade sur laquelle se conclut cette citation. L’allusion à un plan de l’Allemagne, et de Mme Merkel, visant à une «expulsion » des pays de l’Europe du Sud de l’Euro est un contresens complet sur la position réelle adoptée outre-rhin. L’Allemagne, on le sait, est le pays qui tire, et de loin, les plus gros avantages de la zone Euro. Cette dernière explique environ 3% du PIB annuel de ce pays. Comment un pays qui profite autant d’une zone monétaire voudrait-elle en expulser d’autres ? Il faudrait alors en déduire que les dirigeant allemands sont masochistes. La réalité est bien plus simple. L’Allemagne est prise dans la contradiction suivante : elle profite largement de la zone Euro, qui empêche les autres pays de réajuster leur compétitivité par rapport à elle, mais elle ne veut pas faire les sacrifices qu’imposerait un réel fédéralisme budgétaire au niveau de la zone Euro. Le coût de ce fédéralisme a été calculé[1]. Pour assurer la simple survie des quatre pays de l’Europe du Sud, et permettre à leurs économies de se mettre au niveau de l’Allemagne, il faudrait dépenser 257,7 milliards d’Euros par an. L’Allemagne supporterait, quant à elle, très probablement 90% du financement de cette somme, soit entre 220 et 232 milliards d’euros par an soit entre 8% et 9% de son PIB. Elle devrait maintenir cette contribution pour une période d’au moins 8 à 10 ans. D’autres estimations font apparaître des montants qui sont même plus élevés[2]. On comprend, alors, le refus intransigeant des dirigeants allemands d’accepter quoi qui pourrait engager leur pays dans la voie d’une union de transferts. Lire la suite

Chypre: le contrôle des changes conduit à l’instauration de fait de deux « euros »

Jacques Sapir, “Chypre: bilan d’étape”, billet publié sur le carnet Russeurope le 27/03/2013, http://russeurope.hypotheses.org/1089

L’accord finalement signé entre le gouvernement chypriote et la Troïka aux premières heures du 25 mars est, en apparence, un progrès sur celui, rejeté par la Parlement de Chypre, qui avait été signé le 16 mars. La première, et la plus importante, des différences est que les dépôts de moins de 100 000 euros ne seront pas touchés. Mais, cet accord ne fait que confirmer des choses que nous savions déjà : il correspond à la mainmise de l’Allemagne sur l’ensemble du processus de sauvetage. Surtout, il établit un très dangereux précédent. Au-delà, l’application de cet accord va rencontrer de nombreuses difficultés. Compte tenu de l’évasion des capitaux qui a eu lieu entre le 16 et le 25 mars, il faudra taxer les comptes de plus de 100 000 euros à plus de 80% (et non 30% comme initialement annoncé). Cet accord est lourd de menaces pour l’ensemble de la zone Euro, mais surtout pour Chypre, qu’il condamne de facto à un appauvrissement considérable.

La victoire à la Pyrrhus de l’Allemagne

Cet accord montre le triomphe de la stratégie allemande. L’Allemagne est dans la contradiction suivante : elle entend conserver la zone Euro, dont elle tire le plus grand profit, mais elle entend la conserver au moindre coût pour elle. D’où l’idée de faire contribuer, en cas de restructuration bancaire non pas les seuls actionnaires (ce qui serait normal) mais aussi tout ou partie des déposants. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne s’est montrée inflexible dans la négociation. Elle a donc obtenu qu’une large part de la contribution aux sommes nécessaires (5,8 milliards sur les 17,5 milliards) proviennent de la « tonte » des déposants. Elle peut donc continuer sa politique selon laquelle une crise doit être payée avant tout par le pays qui la subit. On peut remarquer que cette politique est très proche, dans son principe, de celle que le Royaume-Uni mit en place par rapport à l’Irlande lors de la famine de 1847. Ici encore, on prétendait que les secours devaient être majoritairement payés par les Irlandais. On sait ce qu’il en advint1. Il est d‘ailleurs inouï qu’un ministre français, Pierre Moscovici pour ne pas le nommer, ait donné son consentement à cette stratégie. Mais cette stratégie pourrait s’avérer contre-productive dans un délai relativement court. En effet, la déclaration plus que maladroite du président de l’Eurogroupe affirmant que ce qui fut fait à Chypre servirait de modèle pour traiter d’autres crises a déclenché le lundi 25 mars une émotion bien compréhensible sur les marchés financiers. Même si cette déclaration a été ensuite démentie, même si de nombreuses autorités, comme François Hollande en France, ont insisté sur le caractère « particulier » de la situation chypriote et la nature « exceptionnelle » des mesures prises, le mal est fait. Désormais, à chaque nouvelle crise, l’inquiétude d’être traités comme les Chypriotes s’emparera des peuples, ce qui rendra toujours plus difficile la recherche d’une solution. En imposant leur lourde main de fer, les Allemands ont durablement compromis ce qui restait de confiance dans les systèmes bancaires de la zone Euro.

Deux Euros?

De plus, Chypre, pour tenter d’éviter une fuite massive des capitaux, devra instaurer des contrôles de capitaux, qui sont théoriquement proscrits au sein de la zone Euro. Cette dernière en est donc à accepter le principe de mesures qu’elle avait toujours refusé, car niant en réalité les avantages de la monnaie unique. Ce n’est pas le moindre paradoxe de cette crise. Lire la suite

Quand la France se brûle les doigts dans le brasier syrien

Enquête sur les nouvelles filières terroristes en Syrie et en Europe

Comment sortir du bourbier syrien ? C’est la question qui tracasse, deux ans après le déclenchement de la crise syrienne, non seulement les décideurs politiques en Occident, mais aussi les services de sécurité de renseignement européens et américains qui sont aujourd’hui dans le noir total.

À l’euphorie des premiers mois, quand tous les décideurs occidentaux, sans doute aveuglés par certains analystes trop pressés d’en finir avec le chef d’État syrien et ne connaissant rien à l’exception syrienne, ont succédé le doute et la confusion.

La question qui se pose aujourd’hui à ces stratèges en herbe, auto-intoxiqués par les précédents tunisien, libyen, yéménite et égyptien, n’est plus de savoir quand le régime de Bachar al-Assad va tomber, mais comment sortir indemne de ce bourbier. Car entre-temps, les services de renseignement, particulièrement ceux en charge de la lutte anti-terroriste, avaient tiré la sonnette d’alarme et s’étaient opposés, parfois ouvertement, à la politique myope et suicidaire que certains néoconservateurs occidentaux attardés voulaient appliquer à la Syrie, avec le soutien médiatique et financier des monarchies du Golfe, de la Jordanie, de la Turquie.

Ce constat désabusé a été dressé récemment par un diplomate français, cité en off par le quotidien Le Monde(édition du dimanche 31 mars – lundi 1er avril 2013) à propos de la politique en zigzag poursuivie par François Hollande au sujet de la Syrie depuis son accession à la présidence… Pour ce diplomate, c’est « l’incertitude », voire «  la confusion qui règne au sommet de l’État sur cette question. » Il commentait ainsi le renoncement de la France à armer l’opposition syrienne après avoir réclamé à cor et à cri la levée de l’embargo européen sur les livraisons d’armes à la Syrie, régime et opposition confondus, embargo instauré, faut-il le rappeler par Paris et Londres.

Les Européens, conduits par la France et le Royaume-Uni, avaient également entraîné les autres membres de l’Union européenne à imposer un train de sanctions économiques, financières et diplomatiques contre, disent-ils, le régime syrien, mais qui, en réalité, touchait de plein fouet les catégories les plus fragiles de la société. C’est la même logique meurtrière qui avait conduit ces mêmes pays à imposer un embargo meurtrier contre l’Irak en 1991 causant la mort d’un million et demi d’Irakiens. Lire la suite