Archives pour la catégorie Syrie

Les « migrants » ou la version du « chaos constructif » en Europe ?

L’exode des « migrants » qui traversent massivement la Méditerranée ne peut nous laisser insensibles sur les drames humains réels qu’il provoque.

Mais l’empathie envers les victimes ne doit pas nous faire perdre raison et nous détourner sur les causes, les moyens et les conséquences de ce phénomène.

Les causes et les coupables sont clairement identifiés : le chaos semé au Moyen Orient selon un plan bien orchestré par les atlanto-golfo-sionistes, avec la France en première ligne, par la destruction de  la Libye, le soutien aux djihadistes de toutes obédiences contre le régime syrien, a plongé une partie des populations autochtones dans la terreur, la souffrance et la misère.

Ce sont déjà  plus de 300 000 migrants qui ont gagné la France depuis 2014 ! On ne peut s’interroger sur l’ampleur des moyens nécessaires en navires, équipages pour organiser cette migration de masse et de leur point de d’appareillage (forcément des ports en eau profondes) qui n’est pas sans rappeler les opérations de débarquement de la seconde guerre mondiale…

Quant aux conséquences dans les pays d’accueil en Europe on les connaît d’avance : certitude d’un accroissement de la  misère sociale et de la xénophobie, et en filigrane la création d’une « cinquième colonne » terroriste destinée  développer le « djihad » en Europe.

L’exploitation médiatique de la photo du corps d’un petit enfant syrien noyé ressemble à celles que nous avons connues depuis le milieu des années 80  pour préparer les opinions à une intervention « humanitaire ».

Rappelons-nous, septembre 2013 après une attaque chimique imputée à l’armée de la République Arabe Syrienne, Hollande en bon caniche de l’oncle Sam était prêt à bombarder Damas…en août de cette année Hollande réitère que Bachar al Assad devrait être neutralisé car bien évidemment l’exode des populations ne serait que la faute du tyran…la prochaine séquence verra les « migrants » supplier  Hollande d’intervenir…

La manipulation abjecte de la photo de cet enfant sans vie ne fait pas oublier à ceux qui suivent les « printemps arabes » tous ces enfants syriens, libyens qui ont été  déchiquetés et massacrés lors d’attentats barbares perpétrés par les « gentils rebelles » .

La lucidité nous commande de dénoncer ce phénomène qui est une manipulation pour nous imposer, dans un premier temps, une intervention militaire en Syrie. La responsabilité nous oblige de ne surtout pas l’encourager !

Mettre fin à cette situation serait assez simple, il suffirait d’empêcher les navires de prendre la mer ?

L’absence de telles mesures de contention, les quotas « moraux » imposés par l’UE démontrent que, n’ayant plus d’avenir, l’UE joue la carte du « chaos constructif » en Europe pour maintenir sa dictature sur les peuples européens.

Thierry Delbos

Jihad made in USA

par Michel Collon: http://www.michelcollon.info/

Vous avez un doute ? Il existe une deuxième version : « Les Etats-Unis nous protègent contre les armes de destruction massive ». Vraiment ? Tout en étant le pays qui les a le plus utilisées ? Nucléaires à Hiroshima, napalm en Corée, au Cambodge et au Vietnam, armes biologiques contre Cuba, uranium appauvri, mines antipersonnel et bombes à fragmentation un peu partout. Sans parler des deux cents têtes nucléaires confiées à Israël.

Toujours pas satisfait ? Troisième variante : « Les Etats-Unis combattent le terrorisme ». Vraiment ? En armant Ben Laden contre l’Afghanistan, puis une section d’Al-Qaida contre la Libye et enfin An Nosra et Daesh contre la Syrie ? En organisant des attentats à la bombe dans des avions et des hôtels cubains, puis en protégeant les auteurs de ces actes, bien à l’abri en Floride, et enfin en emprisonnant à vie les « Cinq de Miami », agents du contre-espionnage cubain chargés d’empêcher de nouveaux attentats ? Juste quelques exemples parmi bien des exploits de la CIA si « démocratique ».

Ou bien alors on nous fait comprendre que c’est « beaucoup trop compliqué pour vous ». Vous, le public, vous n’êtes pas capable de vous y retrouver dans ces intrigues et ce chaos irakien, libyen, syrien, et cetera. Laissez donc ça aux « experts ». Lire la suite

Si je suis Charlie, je suis aussi Libyen, Syrien, Irakien …

En ce début d’année nos pensées se tournent vers les familles des victimes de l’attentat de ce 7 janvier à Paris.

Si beaucoup de français découvrent avec effroi la réalité du terrorisme islamique sur notre sol  les populations  libyenne, syrienne, et irakienne le vivent au quotidien depuis des années sans que cela n’émeuve grand monde…

Depuis la réintégration de la France dans l’OTAN en 2007 nous n’avons plus de politique étrangère équilibrée et indépendante, nos gouvernements se sont docilement alignés sur la politique atlantiste.

Nous avons créé, favorisé et valorisé ce terrorisme, en détruisant la Libye et en l’utilisant contre le régime syrien. Même si ces fanatiques sont à l’origine une création américano-qatari- saoudienne, ils deviennent incontrôlables et leur djihad ne se limite pas au Moyen-Orient !

L’appel à « l’Union Nationale » est un piège pour tenter de faire oublier la responsabilité écrasante que portent nos dirigeants politiques de droite et de gauche dans cette situation tragique.

Il me semble préférable de lancer un appel sous forme de vœu pour que 2015 sonne le réveil des consciences politiques et de la lucidité! Car nous aurons besoin de sang-froid afin de ne pas sombrer dans l’amalgame qui nous conduirait au choc des civilisations.

Thierry Delbos

 

Moyen Orient:du chaos constructif au choc des civilisations?

Brzezinski

La stratégie du « chaos constructif » élaboré par Zbigniew Brzeziński pour remodeler un grand Moyen Orient (partition de la Libye, de l’Irak et de la Syrie) offrant à Israël la suprématie militaire régionale tout en garantissant aux EU un accès et  un contrôle des réserves gazières et pétrolifères de la région, risque-t-elle de nous conduire au « choc des civilisations » théorisé par Huntington ?

Huntington

Les puissances de l’axe atlanto-qataro-sioniste, France en tête, après avoir orchestré la déstabilisation de la Syrie de l’intérieur par une classique « révolution de couleur » n’ont pas pu reproduire les conditions d’une intervention militaire directe comme en Libye pour faire tomber Bachar al Assad et le régime, la Russie et la Chine s’étant opposées à toute résolution violant la souveraineté du territoire syrie.

Ne pouvant donc intervenir directement,  l’opposition syrienne et son ASL n’étant que des constructions médiatiques, il leur a fallu perpétrer cette agression extérieure par forces interposées, les impérialistes ont réutilisé le fondamentalisme religieux pour tenter de transformer une pseudo révolution démocratique en guerre de religion : Bachar étant chiite, les chiites étant en minoritaires face aux sunnites la partie serait vite enlevée ! C’était sans compter sur le sentiment nationaliste syrien forgé  au cours de la jeune histoire de la République Arabe Syrienne dans ses luttes pour son indépendance, notamment contre la France, bien plus fort que le sentiment d’appartenance à une obédience sunnite ou chiite!

En encourageant, finançant et armant les salafistes sunnites pour mener sous couvert de « printemps arabe » le djihad en Syrie, les impérialistes ont ouvert la boite de Pandore : ils comprennent un peu tard que les monstres qu’ils ont créés leur échappent totalement. Et que la menace que représentent les Dayesh, Jabat Al Nosra et autres Al Qaida ne se limitera pas au Moyen Orient. Il est instructif à ce titre de lire les ouvrages de Jean-Loup Izambert (Crimes sans châtiments) et Samuel Laurent (Al Qaida en France) pour comprendre l’instrumentalisation des intégristes salafistes et leur objectif politique.

Il est à craindre en effet, à la faveur des situations crées en Libye, Syrie, lrak, Gaza, qu’un vaste mouvement de soutien à cette mouvance salafiste se soit opéré à travers le monde. Il est question de plus de 80 nationalités alimentant les rangs des combattants de l’EIIL en Syrie et en Irak, chaque jour apportant un flux grossissant de nouveaux volontaires pour le djihad, composés par de  jeunes hommes et femmes musulmans.

Mais suite au retournement des « impérialistes », difficile de prédire si l’engouement actuel va se tarir ou bien se développer et s’étendre ? On ne peut que constater que les intégristes salafistes se développent en Afrique du Nord et de l’Est, et que la théorie d’Huntington du « choc des civilisations » ayant la religion et la culture comme lignes de fracture devient une prophétie auto réalisatrice.

Thierry Delbos

Bachar Al-Assad digne successeur des Nasser et Mossadegh!

Texte intégral du Discours d’investiture du Président Bachar al-Assad

Traduction : Mouna Alno-Nakhal

Damas / Syrie , le 16 juillet 2014

Honorables Syriens, honorable peuple libre et révolutionnaire, il y a maintenant trois ans et quatre mois que certains ont décrété en votre nom : « le peuple exige ! ».
OUI… le peuple a exigé, le peuple a décidé, et le peuple a exécuté !

Citoyens syriens, mes frères et sœurs, voilà des années que certains crient après la liberté, mais voici que vous vous êtes révélés « libres » en une époque de suivisme et « souverains » en une époque de complaisance servile.

Ils ont surenchéri sur la démocratie, mais vous l’avez exercée de la manière la plus noble qui soit. Vous avez refusé qu’un étranger ne se mêle de diriger la patrie. Vous avez choisi votre Constitution, votre Parlement, et votre Président, de telle sorte que la décision est vôtre et que la démocratie est de votre fait.

Ils n’ont fait que dire « le peuple syrien est un », mais vous vous êtes dressés face à leur ouragan de discorde et avez empêché les vents de la partition d’atteindre vos cœurs et vos esprits, prouvant en cela que vous êtes réellement un seul peuple qui bat d’un seul cœur. Lire la suite

La coalition EIIL-Turquie-Arabie Saoudite-Qatar [et Otan ?] en Irak

EIIL

http://www.mondialisation.ca/but-de-la-coalition-eiil-turquie-arabie-saoudite-qatar-et-otan-en-irak/5386871

En bref :

En Irak, l’armée régulière a vacillé et les villes de deux provinces, Ninawa [Ninive] et Salah ad-din, sont rapidement tombées devant l’avancée de DAECH [EIIL : État Islamique en Irak et au Levant], alors même qu’il perdait ses positions dans la région d’Al-Anbar.

Cette nouvelle donne s’est produite grâce à la complicité de certains éléments de l’armée de l’ancien régime irakien et de partisans, dirigés par Izzat al-Douri [1], qui les ont rejoints.

Lequel, Izzat al-Douri, a troqué sécularisme et nationalisme contre une sienne armée qu’il nomme « Naqchbandi »[2], dont la mission première est de combattre « la tutelle chiite et l’occupation iranienne de l’Irak », contre monnaie sonnante et trébuchante venue de l’Arabie saoudite et du Qatar, alors que la Turquie se contente de lui assurer de quoi « camper » sur son territoire.

Cette attaque surprise de « Naqchbandi », parrainée par la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, vise à renverser la situation en Irak, suite aux résultats des récentes élections législatives irakiennes et élections présidentielles syriennes, qui font que toute modification « politiquement négociée » paraît désormais sans espoir pour ces coalisés.

Le but : Rompre la continuité géographique des « alliés de la Résistance », sur l’axe Irak-Syrie-Liban, maintenant que Homs [Syrie] est libérée, afin de tenir de quoi négocier en agitant le spectre de « la partition de l’Irak ».

Autrement dit, un Irak tripartite fédéral contre une Ukraine tripartite fédérale en vertu d’une démographie similaire, parallèlement à la tentative d’entrainer le PKK [Parti des travailleurs du Kurdistan] dans la guerre en lui promettant un État kurde et la libération de son chef des prisons de Turquie.

La solution : Fédération Irak-Syrie, qui inverserait les règles du jeu, en attendant de fédérer le Liban et la Jordanie…

La partie d’échec se poursuit donc… à l’internationale !

L’hégémonie américaine, c’est fini, la bête est maîtrisée.

USS_Normandy_CG-60

le 5 octobre 2013, par Israel Shamir Intervention au Forum international de Rhodes, 

Commençons par la bonne nouvelle: l’hégémonie américaine, c’est fini. La bête est maîtrisée. Nous avons passé le Cap de Bonne Espérance, symboliquement parlant, en septembre 2013. Avec la crise syrienne, le monde à la croisée des chemins a pris le bon virage. C’était un moment aussi risqué que lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances de déclencher la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en  Méditerranée orientale. Il nous faudra un certain temps avant de percevoir la réalisation de ce à quoi nous avons travaillé dans l’ombre, et c’est normal pour des évènements d’une telle grandeur. Les turbulences aux USA, depuis la folle course poursuite à Washington jusqu’à la fermeture de l’administration fédérale et la possibilité du défaut de paiement,  sont les conséquences de ce moment historique là. Lire la suite

Comment Hollande avait prévu de frapper la Syrie

Les Rafale étaient prêts à décoller, les cibles choisies et les communiqués déjà rédigés. Mais au tout dernier moment, François Hollande a dû annuler l’opération…

François Hollande et Barack Obama, au sommet du G8, en Irlande, le 18 juin 2013.<br /><br /><br />
(IAN LANGSDON/POOL/SIPA)

par le tempsreel.nouvelobs

« Les frappes sont pour ce soir. » Le samedi 31 août, au matin, les plus hauts responsables français, civils et militaires, sont convaincus que le président de la République va déclencher le bombardement punitif de la Syrie la nuit suivante. Plus étonnant encore : François Hollande lui-même le croit aussi. Et cette incroyable méprise va durer jusqu’à la fin de l’après-midi. Entre-temps, pendant une dizaine d’heures, la machine de l’Etat aura été mise en branle pour effectuer ces frappes franco-américaines, les « vendre » à l’opinion et en gérer les conséquences diplomatiques.

Cette folle journée débute à 3 heures du matin, ce samedi 31 août, lorsque l’officier de permanence chargé des communications du président de la République reçoit un appel de son homologue américain. Ce dernier le prévient que Barack Obama va téléphoner à François Hollande sur la ligne directe et sécurisée qui relie l’Elysée à la Maison-Blanche. Quand ? Le jour même à 18h15, heure de Paris. Le malentendu transatlantique commence – un quiproquo risible s’il ne s’agissait de guerre.

Conseil de guerre

Décalage horaire oblige, le conseiller diplomatique de François Hollande, Paul Jean-Ortiz, découvre le message de la Maison-Blanche à 8 heures, dès qu’il arrive à son bureau, rue de l’Elysée. Il prévient illico François Hollande, qui décide de convoquer un conseil restreint juste après le coup de fil de Barack Obama. Devront être présents les ministres de la Défense, de l’Intérieur et des Affaires étrangères, ainsi que les « grands subordonnés » : le chef d’état-major, les patrons de la DGSE et du Renseignement militaire… Un conseil de guerre à l’issue duquel le chef de l’Etat va donner l’ordre formel du début des frappes françaises en Syrie. C’est du moins ce que croit François Hollande et, avec lui, toutes les personnalités convoquées.

Ce 31 août au matin, l’Elysée demande donc aux militaires de se tenir prêts à exécuter cet ordre supposé imminent.

Le plan était de bombarder pendant une nuit, en commençant vers 3 heures du matin au moment où les gens sont profondément endormis, dit un haut responsable français. Il s’agissait de détruire notamment des batteries de missiles et des centres de commandement de la quatrième armée, la chimique. »

Les frappes doivent être réalisées par plusieurs Rafale volant en Méditerranée, au-dessus des eaux internationales. « Nous ne voulions pas tirer à partir du ciel turc, raconte un autre. Nous redoutions qu’Assad n’invoque la légitime défense et ne bombarde son voisin, ce qui risquait d’impliquer l’Otan. »
Il y a un hic : les missiles de croisière Scalp prévus pour l’opération ayant une portée maximale de 250 kilomètres, les bombardements français ne pourront atteindre que des points situés dans l’ouest de la Syrie, Damas compris. Les Américains se chargeront de tout le reste. « Mais nous ne dépendions pas d’eux pour nos tirs et notre ravitaillement en vol, tient-on à préciser à la Défense. Il y a une seule chose que nous ne maîtrisions pas : le calendrier. C’est Obama qui devait donner le top départ. »

Des preuves « déclassifiées »

Pour prouver à l’opinion que François Hollande n’agit pas à la remorque des Etats-Unis, façon Tony Blair pendant la guerre en Irak, l’Elysée décide aussi, ce samedi 31 août, de « dé-classifier » certaines preuves françaises de l’attaque chimique. « Nous avons appelé ce document ‘Synthèse nationale de renseignement déclassifiée’ et nous avons mis un drapeau bleu, blanc, rouge sur chaque page », raconte un officiel. Et, en prévision des frappes du soir, le ministère de la Défense fait fuiter ce texte dans le « Journal du Dimanche » à paraître le lendemain.

L’ensemble du plan de communication de l’opération est établi au cours d’une réunion à 14h30 ce même samedi dans le bureau de Paul Jean-Ortiz, avec les directeurs de cabinet des principaux ministères concernés. « Nous avons discuté des images à fournir aux journaux télévisés, celles de la montée en puissance de l’opération qui étaient déjà prêtes, et celles des premières frappes que pourrions livrer très rapidement », explique un officiel. « Nous avons aussi débattu du moment où il faudrait informer certaines personnalités étrangères, raconte l’un des participants. Il a semblé évident que François Hollande préviendrait lui-même Angela Merkel, juste après le coup de fil d’Obama. »

« Le jour J était arrivé »

D’où vient cette certitude que le président américain va donner le top départ ce samedi ? « Tout nous conduisait à penser que le jour J était arrivé », dit un responsable français. Cela faisait une semaine que la perspective d’une action militaire franco-américaine contre la Syrie apparaissait inéluctable.

Tout a commencé le dimanche précédent, c’est-à-dire quatre jours après l’attaque chimique contre les populations civiles, quand Barack Obama et François Hollande ont discuté de plusieurs types de « punitions », y compris militaires. « Dès le lendemain, les états-majors des deux pays ont commencé à travailler à un plan de frappe commun », dit-on au ministère de la Défense.

Certes, les jours suivants auraient pu tout faire dérailler. Le mercredi, à Londres, la Chambre des Communes a voté contre une participation britannique à ces frappes. Et, on le sait moins, le jeudi, les Français et leurs alliés ont raté leur « blitz » diplomatique visant à conférer, si ce n’est une légalité, du moins une certaine légitimité internationale à une action militaire contre la Syrie. Ils espéraient recueillir une majorité des voix au Conseil de Sécurité, et ainsi contraindre Pékin et Moscou à opposer leur veto. Malgré les efforts de Laurent Fabius, Paris, Londres et Washington ne sont pas parvenus, selon nos informations, à rallier un nombre suffisant (six) de suffrages des pays membres non permanents du dit Conseil. Si bien que l’idée de passer par l’ONU a été abandonnée.

Pourtant, en fin de semaine, les Américains sont toujours aussi déterminés. Le jeudi, la conseillère de Barack Obama pour la sécurité, Susan Rice, fait savoir à Paul Jean-Ortiz que, malgré la défection britannique et le revers onusien, son patron est « tout près d’y aller ». Et le lendemain, le vendredi 30, plusieurs indicateurs en provenance de Washington font penser aux Français que des frappes américaines sont imminentes. « Ce jour-là, John Kerry s’est entretenu plusieurs fois avec Laurent Fabius, assure un officiel. Il lui a dit que Barack Obama lui avait demandé de ‘préparer l’opinion publique à des frappes.’ » Au cours de cette même journée, dit un autre, « la Maison-Blanche a publié ses preuves sur le massacre chimique ».
Et toujours ce vendredi, François Hollande et Barack Obama ont de nouveau discuté longuement. Le président américain dit qu’il n’a pas encore pris sa décision définitive mais que celle-ci ne saurait tarder. Il ajoute que les frappes pourraient avoir lieu bientôt, « avant ou après le G20″, précise-t-il. « Rappelons-nous demain ou après-demain », conclut-il.

Le revirement d’Obama

Si bien qu’à l’annonce d’un nouveau coup de fil de la Maison-Blanche les conseillers de François Hollande sont persuadés ce samedi 31 août que le président américain a tranché dans la nuit et qu’il déclenchera l’opération le soir même ou au plus tard dans la nuit du dimanche (hypothèse peu probable puisqu’il part en Europe le lendemain). Personne à l’Elysée n’imagine qu’après avoir reçu une lettre de 186 parlementaires lui demandant de faire voter le Congrès Barack Obama a décidé in extremis de leur donner raison et encore moins que les principaux responsables de la Chambre des Représentants et du Sénat sont déjà au courant – plusieurs heures donc avant François Hollande…

« J’ai décidé d’y aller, dit le chef de la Maison-Blanche à son homologue français ce samedi à 18h15, mais je vais d’abord demander l’aval du Congrès. » François Hollande est abasourdi. Il essaie de convaincre le président américain de revenir sur sa décision – en vain. Le chef de l’Etat rejoint alors les hommes qu’il a convoqués dans le salon vert pour un conseil restreint. Il ordonne aux militaires de rappeler les Rafale et évoque les prochaines fenêtres de tirs. De l’avis général, il n’en reste plus qu’une : aux alentours du 15 septembre, entre le vote des parlementaires américains et l’ouverture de l’Assemblée générale des Nations unies. « Après ce sera très difficile, voire impossible », convient-on. Cette ultime fenêtre sera refermée la semaine suivante par une manœuvre diplomatique astucieuse de Vladimir Poutine.

 

La victoire de la Russie

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Serguei Labrov

par  le 28 septembre

Le vote par le Conseil de sécurité des Nations Unies, dans la nuit de vendredi 27 au samedi 28 septembre de la résolution sur les armes chimiques en Syrie, co-présentée par la Russie et les Etats-Unis, a été un moment important dans la reconstruction d’un ordre international. Ce vote, obtenu à l’unanimité des 15 membres du Conseil de sécurité, présente plusieurs points qui appellent des commentaires :

  • (i)            Il fait obligation à toutes les parties en présence en Syrie de remettre les armes chimiques qu’elles détiennent aux Nations Unies à fin de destruction. Il enjoint à toutes les parties en présence de cesser la production ou le transfert de ces armes.
  • (ii)           Il réaffirme solennellement que la prolifération des armes de destruction massive est une menace pour la paix et la sécurité.
  • (iii)         Il réaffirme la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de la Syrie.
  • (iv)         Il précise qu’en cas de violation par l’une des parties de l’accord, le « chapitre VII » de la charte s’appliquera, soit qu’il y aura une nouvelle réunion du Conseil de sécurité et qu’il faudra un nouveau vote avant l’engagement de la force armée.

Ce vote est incontestablement une victoire pour la Russie, comme le soulignent tous les observateurs. Toutes les parties impliquées dans la crise Syrienne, à commencer par la France et les Etats-Unis, ont dû accepter de se plier à la légalité des Nations Unies. Il ne peut, dans ces conditions, y avoir de frappes «décidées unilatéralement. Cette victoire de la Russie est aussi, et surtout, une victoire du Droit International. Mais, c’est aussi une victoire pour la Russie car la résolution reconnaît le gouvernement légal de la Syrie comme son interlocuteur et le désigne comme tel dans la tenue d’une conférence de paix qui doit se tenir à Genève. Dès lors, il ne saurait y avoir de préalable, et en particulier le départ de Bachar el-Assad. De fait, les Etats-Unis et la France ont été isolés, non seulement face à la Russie mais aussi face aux « BRICS » et à une grande majorité de pays, et ont dû accepter la logique de la position russe.

Cette victoire de la Russie est historique. Elle signe tant la cohérence de sa politique étrangère, mise en œuvre par son Président Vladimir Poutine et par son Ministre des affaires étrangères M. Serguey Lavrov et qui a fait de la défense de la légalité internationale sa pierre angulaire, que le changement de rapport de force international. Mais, cette victoire confère de nouvelles responsabilités à la Russie. Désormais on attendra d’elle non pas tant une position réactive qu’une position pro-active sur les différentes crises internationales.

Cette victoire de la Russie doit aussi être mise en parallèle avec l’effacement de l’Europe et l’échec de la France. Cet échec est humiliant. La France s’est retrouvée isolée, et n’a pas été partie aux négociations de Genève entre la Russie et les Etats-Unis, négociations qui ont rendu possible le vote de cette résolution. Cet échec est celui, en profondeur, de la politique étrangère suivie par notre pays. Échec qui est le prix de l’incohérence : comment concilier l’action au Mali au début de cette année (dont on oublie trop vite qu’elle a été rendue possible par la mise à la disposition d’avions-cargos russes pour assurer la logistique) avec la position sur la Syrie. Échec qui est le prix d’une absence de doctrine, ou plus précisément de la montée du moralisme à la place d’une pensée politique réelle. Échec, enfin, dans la capacité à unir l’Union Européenne sur nos positions. Jamais l’Union Européenne n’est apparue autant divisée et sans position dans l’arène internationale. La France à cru beaucoup sacrifier à la construction européenne dans l’espoir qu’elle en tirerait avantage sur le plan international et que sa position en ressortirait renforcée. Elle doit aujourd’hui déchanter. Les sacrifices de souveraineté n’ont pas abouti à la constitution d’une position unifiée de l’Union Européenne. Ils ont par contre redonné une légitimité à l’Allemagne comme grande puissance.

De cet échec, il faudra impérativement en tirer les leçons et faire le bilan de vingt années de « construction européenne ». Mais il faut aussi que M. Laurent Fabius tire personnellement le bilan du vote de cette nuit au Conseil de Sécurité, au vu de son activité et de son activisme des mois derniers, et qu’il assume sa responsabilité dans cet échec en démissionnant.

Monsieur le ministre des Affaires étrangères, vous devez partir

Déclaration de Jacques Cheminade Paris, le 16 septembre 2013

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M. Laurent Fabius, vous avez assumé le ministère des Affaires étrangères en y imposant un cours nouveau. Votre politique est un échec. Vous devez en tirer les conséquences.

Vous avez rompu avec la continuité stratégique pratiquée par notre diplomatie depuis plus de quarante ans pour renouer avec l’atlantisme de la IVe République, notamment au Proche-Orient. Nos alliés d’hier, les pays émergents qui seront les grandes puissances de demain, nous ont tourné le dos et se sont regroupés autour de la Russie. Vous avez ainsi permis à M. Poutine d’étendre sa zone d’influence géopolitique au-delà de ses propres espérances.

Vous avez incité le Président de la République à prendre position au nom du droit de punir et de la responsabilité de protéger, sans avoir les moyens de mettre ces principes en pratique.

Vous avez exigé le départ de Bachar al-Assad, c’est-à-dire de fait un changement de régime, alors que la politique constante de la France est de reconnaître les Etats sans s’immiscer dans leurs affaires intérieures.

Vous vous êtes ainsi aligné sur les positions du Qatar, de l’Arabie saoudite et des djihadistes que leurs services promeuvent. Vous avez donc failli à protéger les minorités de la région, notamment chrétiennes.

Vous avez finalement fait déposer un projet de résolution aux Nations unies sur la Syrie, auquel même le président Obama a mis son veto.

Vous avez laissé ou fait dire à certains de vos collaborateurs ou à certains ministres que c’est la fermeté française qui a conduit la Russie à faire sa proposition sur le démantèlement des armes chimiques du régime syrien. Vous avez ainsi joint le ridicule à l’inadmissible.

Il est donc temps que vous partiez. Vous avez dit un jour que vous laissiez le Président de la République s’occuper seul des questions économiques, car pour votre part, vous vous occupiez des affaires étrangères. Eh bien, vous devez prendre vos responsabilités, en ouvrant ainsi au Président une porte de sortie dans l’impasse où vos préjugés l’ont fourvoyé. Ce geste de votre part serait le seul de nature à nous extirper du bourbier dans lequel nous nous sommes égarés. Laissons pour le reste nos experts sur le terrain, qui sont parmi les plus compétents du monde, aider au démantèlement des armes chimiques sur place.

Pour le reste, la France doit défendre le seul projet qui offre un avenir à l’Asie du Sud-Ouest, la paix par le développement mutuel, en lui donnant les ressources qui lui permettent de le mettre en œuvre. L’on ne peut y parvenir qu’en mettant fin au règne de l’oligarchie financière de la City et de Wall Street, qui est par nature prédateur et incompatible avec des projets à long terme permettant d’équiper l’homme et la nature.

Cela ne peut se faire qu’armé d’un Glass-Steagall, et ce devrait être notre grande querelle.